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10 juin 2007

Persepolis

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Persepolis est une bande dessinée touchante, émouvante et drôle. Marjane Satrapi raconte son histoire incroyable, celle de son enfance à Téhéran sous la révolution dans les années 1980, de la guerre Iran-Irak, de son exil en Autriche et finalement de son retour quelques années plus tard. Comme d'hab, d'autres ont réalisé un résumé bien mieux que moi:

"Téhéran 1978 : Marjane, huit ans, songe à l'avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, particulièrement liée à sa grand-mère, elle suit avec exaltation les évènements qui vont mener à la révolution et provoquer la chute du régime du Chah.
Avec l'instauration de la République islamique débute le temps des "commissaires de la révolution" qui contrôlent tenues et comportements. Marjane qui doit porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire.
Bientôt, la guerre contre l'Irak entraîne bombardements, privations, et disparitions de proches. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère.
Dans un contexte de plus en plus pénible, sa langue bien pendue et ses positions rebelles deviennent problématiques. Ses parents décident alors de l'envoyer en Autriche pour la protéger.
A Vienne, Marjane vit à quatorze ans sa deuxième révolution : l'adolescence, la liberté, les vertiges de l'amour mais aussi l'exil, la solitude et la différence.

En cette période d'examen, les bd sont les seuls livres que je me permette de lire. Celle-là est en 4 tomes que j'ai dévoré en 4 jours! ^_^ De plus, l'auteure a reçu le prix du Jury ou un prix dans le genre au festival de Cannes! Eh oui! Cette bd est tellement bien qu'elle a été adaptée à l'écran. Vous pouvez voir la bande-annonce ici: ICI

Courez vous procurer la bande dessinée de Marjane Satrapi qui est sortie en intégrale! Et n'oubliez pas le film le 27 juin!

02 juin 2007

Ah libraire...

Je n'en ai pas encore parlé mais je travaille depuis août 2006 dans une librairie en tant qu'apprenti (en première année!).

Ces temps, c'est la période des examens, des bilans. J'adore ce métier, vraiment! J'ai beaucoup de plaisir à me lever le matin (bien que le rayon ou je suis maintenant ne me plaise pas...). Cette profession a des hauts et des bas (le travail le samedi...). Pour illustrer ce sentiment et parce que j'en ai envie, je vous montre, (rares)lecteurs, un texte de Thierry Audibert, libraire à Montélimar.

"Suis-je libraire?

A peine les lauréats des premiers prix littéraires sont-ils désignés que des clients déjà se manifestent, ignorant complètement titres et auteurs, réclamant le Goncourt et/ou le Renaudot, sans jeter le moindre coup d'oeil à ceux qui, écartés par le jury, reposent sur les tables, maintenant semblables à des tombes. Je vois repartir ces clients, que je sens sans joie, avec la certitude, quelle que soit la qualité de l'ouvrage, qu'ils arrêteront peut-être sa lecture après quelques pages, non sans lâcher à leur entourage crédule l'ignoble sentence: "Pas terrible, le Goncourt cette année!" Le scepticisme me dévore, je ne peux plus le cacher. Ras-le-bol de ne vendre que les livres qui se vendent. Suis-je libraire?

Il est devant moi. Tendu. Il demande humblement un peu de mon temps. C'est un petit éditeur avec quelques livres à son catalogue très fier de sa nouveauté. Je soupçonne cet homme à la mine fatiguée d'avoir passé la nuit dans sa voiture. Mais les yeux sont purs et le menton volontaire. Ses livres méritent une place sur mes rayonnages. Mais j'ai du mal à payer les ouvrages médiatisés. Je dois vendre avant d'acheter. Il me donne ses catalogues, au cas où... J'achète deux livres, pour moi, ce n'est pas de la charité, c'est autre chose. Poignée de main chaleureuse. Je remarque, quand il me quitte, son dos légèrement voûté. Il n'est pas dupe. J'enrage de n'avoir pas les moyens de le défendre. Suis-je libraire?

Cette dame vient vers moi et me tend un papier, avec respect, comme on confie son ordonnance au pharmacien. Un article découpé dans une revue, au style complaisant, où le copinage entre le journaliste et l'écrivain affleure, indécent. Je dis à cette dame que j'ai un livre sur le même sujet, un livre bien meilleur, plus honnête, exhaustif, moins cher aussi. J'argumente. Mais non, c'est à l'autre qu'elle tient. Comme pour s'excuser, elle m'assure qu'elle effectue une commission pour son mari. J'ai vendu un mauvais livre au lieud'un bon. Suis-je libraire?

Celui-ci me demande conseil. Quoi donc offrir à son vieux père? Je m'enquiers des goûts du destinataire et propose trois ou quatre ouvrages. J'argumente. Aucun ne semble convenir. OK, en voici d'autres, nouvelle série. L'homme hésite, perplexe. Et soudain, une lueur, il claque des doigts, il a vu dans cette drôle d'émission à caractère polémique un livre, fort bien écrit d'après l'animateur, sur ce scandale, par un repenti. J'emballe l'objet dans un joli paquet-cadeau. Il repartira satisfait. J'étais sûr de chaque livre présenté, mais l'animateur TV a enlevé le morceau. Je n'ai pas pu défendre mon travail, j'ai vendu. Suis-je libraire?

Cette jeune fille est charmante. Elle sourit en me demandant la direction. C'est moi. L'employé aussi. Elle voudrait entrer dans le métier. Les livres sont toutes sa vie. Quelle est sa formation? Est-ce que j'embauche? Je lui explique que le boulot est ingrat. La rémunération démesurément faible en rapport du niveau de compétence qu'il exige. Je sème le doute. Je pense à Sandrine que j'ai formée, qui adore le métier. Mais elle arrêtera en mars. Avec 5000 balles par mois (en francs français. En suisse, le salaire d'un libraire moyen dépasse juste le salaire minimum...), aucun espoir d'amélioration de salaire, comment vivre. J'ai de plus en plus de mal à croire en l'avenir économique de ce métier. Suis-je libraire?

Ce représentant d'une grande maison d'édition respire la santé. Sapé, mais juste ce qu'il faut. Il sort d'un séminaire avec sa direction. Ils ont évoqué programme et objectifs. Son programme est superbe. Il parle et je plonge dans ses yeux. Je ne le vois pas, ce n'est pas lui. Ce que je vois au fond de lui, c'est une bande d'encravatés, propres comme les petits enfants après le bain du soir, qui tapotent sur une calculette et dessinent des projections, des managers, nouveaux seigneurs de l'édition pour lesquels on n'imprime pas un livre parce qu'il est bon, mais parce qu'on doit le vendre. Je n'ai plus envie de travailler avec ces gens. Suis-je libraire? Et si oui, pour combien de temps encore?"

Voilà, ça donne à réfléchir je trouve. Evidemment, étant encore "tout frais", je n'ai pas encore l'occasion de me poser toutes ses questions. Mais M. Audibert a raison sur bien des points!

Il y a un autre texte, de l'écrivain Daniel Pennac (mais si, celui qui a écrit Au bonheur des ogres etc ) qui est vraiment bien. Mais là, je n'ai plus l'envie de le retapper alors ça sera une prochaine fois!

A plus!